Bout du Monde – le magazine de la photo, de l’évasion et de la culture.

Réalisation d’un journal de presse spécialisé –  Licence 3 Information Communication, parcours écriture.

(extrait)

Roadtrip en Charlevoix,

le périple d’une baroudeuse en herbe

Sur la rive nord du Saint Laurent, il y a là une terre sauvage aux paysages panoramiques et sans frontières qui vous immerge d’images à jamais.

Les arguments justifiant cette échappée belle en Charlevoix étaient nombreux mais c’est avant tout l’immersion sauvage, les petits villages délicats et l’extrême liberté de mouvement qui ont motivé mes premiers pas d’exploratrice. La première des conditions était de repérer le terrain. Mais mon sens de l’orientation n’a jamais été extrêmement décuplé et je n’avais pas pris le temps de m’organiser. Je n’avais d’ailleurs ni GPS, ni carte, ni compas sur moi pour me situer dans le grand nord, et me faire passer pour une ancienne lauréate d’un raid-boussole. On m’avait d’ailleurs confié une Chevrolet ministérielle parce que je n’avais pas songé à réserver avant. Légèrement stressée par le trajet donc, et par cette présomptueuse berline, j’ai été vite rassuré en découvrant que pour sillonner ce site, il n’y a qu’un seul chemin à emprunter. Ca s’peux-tu ?! Et bien, oui, il ne s’agit pas d’un psaume biblique mais d’un fait, la route s’étend sur une centaine de kilomètres, inlassablement droite et continue, le long du Saint-Laurent. Alors bienvenue en Charlevoix, suivez le guide, je vous emmène avec moi…

Baie Saint-Paul

Le périple s’inaugure par Baie Saint-Paul et ses couleurs d’automne. Cette toute petite bourgade, fondée en 1714, jonchée de toits colorés et de galeries d’art a de quoi séduire. C’est en ratant le train de la révolution industrielle qu’elle choisira de se muer en une villégiature d’artistes-peintres et d’amoureux de grands espaces. Mais c’est surtout lorsque l’on décide de s’aventurer près des quais que le voyage vers l’immensité québécoise commence. On s’image alors un petit port plaisancier où des pêcheurs du dimanche viennent philosopher avec les mouettes et les mâts qui carillonnent. Et bien non, on se retrouve littéralement désemparé par la beauté d’un paysage linéaire et solitaire. Et puisque c’est l’automne et surtout, la fin de la saison touristique, vous vous trouvez là seul face à l’étendue sauvage du Saint-Laurent. Le décor est parfait, le soleil timide vous réchauffe le cœur tant qu’il peut, de toute façon vous êtes comblés par cette vision.

Et lorsque l’on reprend la rangée continue de lignes jaunes qui tracent la route de Charlevoix, on retrouve des voyageurs sur le haut de la plaine. Ils se sont arrêtés là pour découvrir le paysage. Sans savoir à quel point la vue est plus belle d’en bas, ceux là on choisit la vision aérienne, flegmatique et détachée, celle idéale pour prendre la pose à deux, joue contre joue, et figer son passage à la hâte. Qu’importe… Vous, vous vous êtes imprégnez, et vous avez l’impression d’avoir compris. Maintenant, vous irez trouver les recoins et les cachettes secrètes qui se camouflent autour, celles qui vous révèlent la véritable noblesse de cette contrée.

C’est donc sur cette idée que vous entamez un freinage d’urgence sur le bas côté, quelques kilomètres plus loin. Vous pouvez vous le permettre, votre nouvelle voiture a du répondant. A travers l’enfilade d’arbres qui bordent l’asphalte, vous avez aperçu quelque chose. Il suffira de marcher quelques minutes pour gagner une rivière et sa crique. Il ne manque alors que la présence d’animaux sauvages à ce panorama pour recomposer l’imaginaire que vous vous faisiez de l’Amérique du Nord avant d’entamer ce voyage. Aucun bruit parasite, ni même un nuage en vue, mais seulement le doux clapotis de l’eau qui file sous vos pieds, et l’odeur de la forêt. Vous avez presque envie de pêcher. Vous vous allumez une cigarette au soleil, sous la légère brise et plus aucune personne ne vous manque. C’est l’endroit parfait pour rester seul et s’immerger, et ne penser à rien.

Jusque là, vous en conviendrez, tout y est. Mais vous avez cette intuition naturelle de penser que plus vous avancerez, et plus les découvertes seront étourdissantes. Votre voyage commence à peine, et vous reprenez la route pour avaler quelques kilomètres. La destination finale est Tadoussac et vous êtes impatient de découvrir l’endroit. Vous comptez y passer la nuit et profiter de l’aube pour surprendre les marsouins non loin du rivage. Ce sera l’ultime aventure avant le retour en sens inverse, et c’est peut être cette destination qui vous saisit le plus. Mais pour l’instant, mains sur le volant, vous gardez les yeux grands ouverts sur l’horizon qui défile droit devant vous. Le trajet fait définitivement parti du voyage.

La Malbaie

La Malbaie, Sainte Irénée ou Baie Sainte Catherine sont des places privilégiées, choyées par l’ampleur du Golfe. Petits villages paisibles et tranquilles, ils furent à l’origine le berceau du tourisme canadien. Terre d’accueil pour les anglophones, la Malbaie devint notamment avec son somptueux Manoir Richelieu le comble du chic. Pour l’époque, quitter la chaleur estivale de New-York pour la brise de Charlevoix était d’un luxe implacable.

Vous vous y arrêtez donc, mais pour sortir la canne à pêche. Le rôle du gentil touriste attendra. Lorsque l’on fait un roadtrip c’est pour réaliser des trips, et harponner un énorme poisson au Québec en est un. Vous décidez donc de marcher jusqu’au bout d’un chemin de bois et de pierres où des retraités natifs discutent très mollement. C’est l’occasion de se distraire, de se dépayser en tendant l’oreille, et de voir de quoi regorge le Saint-Laurent. Un homme assis à quelques mètres, et toisant votre maladresse avec le maniement de l’arme, vous dit pourtant que la saison est belle et bien finie, et que les poissons ont décampé. Dommage, vous vous prépariez à poser la tente au coin d’un feu, à la tombée du jour et, pas l’espoir d’une truite pour animer la soirée. Vous profitez donc du paysage comme cet homme, gardant la canne à la main tout en laissant s’évaporer vos illusions. Quand soudain, juste là devant vous, des bélugas affleurent la surface de l’eau. Leurs ailerons blancs, éclairés par le miroitement du soleil, surnagent les flots comme de petites vagues couvertes d’écume. Ces baleines albinos ne sont pas un mirage. Ces bélugas sont seulement à quelques brasses de votre position. L’homme reprend alors la conversation en pointant du doigt l’animal : « Hey, ça par contre c’est de saison ». Vous êtes restés médusé quelques secondes et souriez bêtement à ce monsieur, ce ponton était le choix idéal.

 

Tadoussac

Vous reprenez la route ravie quelques heures plus tard, ne pensant pas être déjà sur la route des baleines. Vous êtes presque arrivé à destination, et une navette vous attend pour la traverse. Le fjord du Saguenay s’étend sur 2 kilomètres et sépare la ville de Tadoussac du reste de la rive que vous venez de visiter. A bord du ferry, vous observez cet immense plan d’eau immobile et dormant, bordé de collines.

Le village en face est la capitale de l’observation des baleines, et tira parti à l’époque du commerce des fourrures et de la pêche. Puis, après s’être libéré du régime français, il s’investit dans la production de bois et accueille désormais des vacanciers.

Tadoussac (ou tatoushak signifiant « butte ronde » en algonquin) fait donc parti du décor grandiose de cet estuaire. Une hôtellerie de luxe et des croisières en steamer y attirent des touristes depuis plus d’un siècle. Mais entre nous, ce n’est pas cela que vous êtes venu voir. Ce qui vous intéresse avant de trouver un camping pour la nuit, c’est de repérer la Pointe le l’Islet. Ce rocher long de 233 m se situe à l’ouest de la marina. Il est principalement destiné à servir de refuge aux oiseaux migrateurs, comme l’oie des neiges mais c’est aussi l’endroit le mieux indiqué pour l’observation des mammifères marins. Beaucoup moins polluante que les zodiaques, gratuite et tout aussi convaincante, la Pointe de l’Islet offre un splendide point de vue.

Pointe de l'Islet

Le lendemain matin, thermos à la main, au bord de ces rochers sacrés, et les yeux portés sur ce tableau nordique, vous pouvez alors scruter le jet des baleines bleues. Le cérémonial des baleines dans le golfe est un spectacle envoûtant si l’on est un peu patient et tenace. Cramponné à vos jumelles, vous ressentez une plénitude certaine et une fierté sans borne. Vous êtes un veinard qui par une belle matinée d’octobre a la chance d’embrasser la beauté du monde. Il n’y a autour de vous pas d’autre agitation que le souffle puissant du vent et la présence des mouettes pour chaparder quelques morceaux de votre déjeuner. Ça y est, vous avez atteint la destination finale, vous y êtes enfin… Vous couronnez cette odyssée auprès des cétacés, et vous comme moi admettrez qu’en Charlevoix, il n’y a décidément qu’un seul chemin pour voyager.

 
Sophie Queval Parola
 
 

 

Nota bene 

La présence des baleines constitue un véritable patrimoine écologique pour le Québec et offre aux visiteurs une occasion exceptionnelle de rencontrer dans leur milieu naturel, les plus grands mammifères de la planète. Dans cette vaste mer intérieure, les caractéristiques du relief sous-marin se combinent aux courants froids venus du Labrador et aux nutriments charriés par les affluents du fleuve pour former un écosystème si riche en plancton et en poisson qu’il attire de nombreux cétacés. Certains arrivent dès la fonte des glaces, à la fin du printemps, pour profiter de cet immense garde-manger. D’autres suivent, parfois au terme d’une longue migration. C’est de juillet à octobre que les baleines sont les plus nombreuses.

Site internet

www.baleinesendirect.net : une mine d’information sur les cétacés du Saint-Laurent, avec des rapports hebdomadaires sur le nombre et la localisation des baleines un peu partout dans le golfe.

A Lire

« Tant qu’il y aura des baleines… A la découverte des cétacés du Saint-Laurent », textes d’Evelyne Daigle et illustrations de Daniel Grenier, Kétos et les 400 coups, Montréal, 2000. Un livre merveilleusement illustré et à la portée de tous.

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s